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Toubkal

DJEBEL TOUBKAL : LE REBELLE EN MOI

Avril 2019, deux mois avant ma seconde tentative sur le mont Denali en Alaska (voir autre texte dans le Blog Julbo Canada), je rejoins ma femme en plein désert du Maroc qui complète 250 kilomètres de course en autonomie en 5 jours. Nos 3 filles font le voyage avec moi. Leur première aventure de l’autre côté de l’océan Atlantique et du même coup, leur baptême de l’air.  Nous sommes excités de ce voyage et surtout impatient de revoir maman qui aura terminé le mythique Marathon des sables (voir autre texte dans le Blog Julbo Canada), ceci après des mois de préparation physique, mentale et logistique.

Après plusieurs heures d’attente dans le lobby de l’hôtel principal de Ouarzazate, petite ville aéroportuaire la plus près du désert (qui demeure tout de même à 6 heures de route), nous apercevons tout sourire Nathalie qui entre et se dirige, les bras tendus, vers nous, tous heureux et remplis d’émotions de la retrouver après une telle épreuve.

Épuisée après la course et le voyagement, nous trouvons rapidement un restaurant pour nous rassasier avant de sauter dans un taxi qui nous mènera dans une auberge en banlieue de la ville. Un petit oasis tranquille tenue par un expatrié français et sa femme marocaine.

La journée suivante, avant de prendre un transport privé par Jeep à destination de Merzouga, village en bordure du désert du Sahara pour y passer une nuit en bivouac, nous allons visiter Ait Ben Haddou, un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. C’est un exemple frappant de l’architecture du sud marocain traditionnel sur le flanc d’une colline au sommet de laquelle se trouvait un grenier collectif. Une immersion totale dans la culture locale qui nous permet de mieux comprendre son peuple.

Le lendemain comme prévu nous sautons dans une Jeep afin de nous rendre dans le désert du Sahara à la rencontre des plus grandes dunes de sables de la planète. Du village de Merzouga, nous enfourchons des dromadaires pour une randonnée au coucher de soleil simplement mémorable vers nos bivouacs dans lesquels nous passerons la nuit. Après un repas typiquement berbère, l’heure est à la fête avec de la musique et des chants traditionnels juste avant de se glisser sous les couvertures.

Le lendemain les autres touristes repartent aux premières lueurs du jour vers Merzouga. Nous sommes les seuls à demeurer sur place, sans compter les marocains employés à finaliser le montage du nouveau site ou nous sommes. Depuis quelques jours, le roi ne permet plus de coucher dans les dunes. Sécurité et respect de l’environnement obligent. Nous restons dans la journée brûlante, le plus clair de notre temps sous un arbre à l’ombre, entrecoupé de quelques épisodes de planche à neige, ici, planche à sable, sur laquelle nous descendons quelques hautes dunes.

En fin de journée, j’entreprends avec mes deux filles âgées de 8 ans, l’ascension de la plus haute dune du désert marocain. 150 mètres d’altitude. 150 mètres de sable malléable et non durcit. Pas facile! D’ailleurs, le chemin emprunter ne nous permet pas de nous rendre au sommet la pente étant trop abrupte à environ soixante degrés. Il aurait plutôt fallu enfourcher la longue arrête menant directement à la cime. Un pas en avant trois en arrière vous voyez le portrait! Seule ma fille Kiliane la plus légère et rapide s’y est aventurée avec succès.

Après une seconde nuit réparatrice bien méritée, nous remontons sur nos dromadaires afin de retrouver notre Jeep et reprendre la route en direction de l’aéroport de Ouarzazate. Un vol vers Marrakech est prévu. Je me rapproche de ma montagne.

Il est intéressant de savoir que c’est le pays qui s’appelait Marrakech auparavant. Cela signifie la terre de Dieu. La ville compte aujourd’hui près d’un million d’habitant. Il y a beaucoup d’endroits splendides à visiter. C’est une cité colorée par ses bâtiments et ses fleurs que l’on croise du regard partout où on le porte. Le lendemain matin après avoir dormi dans un hôtel, nous prenons le petit déjeuner en famille et partons négocier un taxi pour 5 personnes et leurs bagages. Le chauffeur arrête au centre-ville obtenir un permis spécial pour nous transporter au village d’Imlil dans les montagnes de l’Atlas. Ce sera un peu comme mon camp de base. Le chauffeur emprunte la route sinueuse de la vallée. Il a le pied au fond sur le champignon et nous mentionne de ne pas nous inquiéter qu’il connait bien le chemin. Il avait perçu cette inquiétude dans nos yeux sans nul doute. C’est vrai que je m’étais aussi fortement agrippé à la portière!

Nous avions réservé au gîte Les terrasses du Toubkal. L’endroit que l’on découvre est accueillant et confortable. De plus, il est à quelques minutes à pieds du village. C’est de là que j’emprunterai un chemin secondaire encore inconnu pour moi. Celui qui me mènera vers l’entrée du Parc national du Toubkal. J’ai beaucoup lu dans Internet, des récits de grimpeurs qui avaient réalisé l’ascension de la montagne. Certains livraient beaucoup de détails mais le chemin à suivre pour sortir du village et filer vers le Toubkal n’était pas clair. Je savais que je devrais m’informer auprès des locaux.

À partir de mes différentes recherches, j’ai pu aussi comprendre que d’être accompagné par un guide local était devenu obligatoire depuis l’année précédente. Deux jeunes femmes scandinaves y avaient trouvé la mort, décapitées par trois fanatiques islamistes récemment convertis. Une histoire à donner froid dans le dos. Je savais aussi que la sécurité nationale y avait été élevée d’un cran. Ce qui me rassurait, plus que d’avoir un guide à mes côtés. Je tenais à faire cette montagne seul. C’était mon état d’esprit qui me le commandait, mon parcours de montagnard qui me le dictait. À l’auberge, on me révéla qu’il y avait un contrôle avant l’entrée du parc. Ça me rendit nerveux et je me croisai les doigts. Je prenais la route le lendemain.

Sac au dos, bottes aux pieds j’entrepris ma marche vers le village pour trouver le bon chemin qui me mènerait à la plus haute montagne du nord du continent. Après m’être fourvoyer à quelques reprises de directions et avoir demander de l’aide, j’ai finalement vu plus haut sur le sentier à suivre, un groupe de randonneurs qui semblaient se diriger eux aussi vers la plus haute montagne. J’ai fini par les rattraper et les dépasser. Plus loin, au détour d’un carrefour, j’aperçois un champ après lequel je vois difficilement une enseigne sur laquelle est inscrit Toubkal. Je remarque une petite guérite d’où un garde-parc en sort. Sans être vu, j’ai ralenti le pas et feins une pause collation sur le bord de la route entre deux arbres. L’idée était de laisser passer le groupe d’une vingtaine de français et leur guide. Je les suivis de près. Quand le garde-parc, le guide et la moitié des grimpeurs ont envahi la petite maison à proximité pour les vérifications d’usage, j’en ai profité simplement pour passer derrière ces personnes et continuer ma route. Je n’ai jamais marché aussi rapidement sans regarder derrière. Je n’étais pas encore en altitude que déjà l’adrénaline m’envahissait. J’étais à ce moment, tout sourire. Je vivais une pure aventure et le rebelle en moi prenait toute la place.

Après 5 heures de marche dans des conditions météos légèrement moches, j’arrive enfin au refuge des mouflons situé à 3 200m d’altitude. J’y passe la nuit. J’attaque le lendemain. Départ à 5h30. Mon objectif est d’être au sommet à 8h30 et d’éviter la cohue. Surtout, d’éviter les grands vents que l’on annonce semble-t-il, selon un guide que j’écoutais parler pendant le repas du soir à des employés du refuge.

Je dors peu comme c’est souvent le cas avant un push sommital et je me réveille avant la sonnerie de mon mobile programmée pour 4h30. Je me lève aussitôt et je mange un bon déjeuner élevé en calories. Je m’habille, j’enfile mes crampons et je vérifie que j’ai tout ce qu’il faut pour la grimpe ultime. Ça y est, j’y suis enfin. 5h30 tapant, je décolle vers le sentier. À la sortie du refuge, on m’a dit de suivre le bruit sourd de la chute. J’aperçois déjà dans cette direction, des lumières provenant des frontales de 3 grimpeurs qui me précèdent. Je m’engage alors en direction de la source d’eau et des gars. À peine 200 mètres me séparent maintenant du refuge. Les étoiles scintillent et rendent magique le noir matin malgré le froid plus intense que prévu. J’enjambe le ruisseau glacé et débute la montée abrupte du côté nord de la montagne. Ce sera ainsi jusqu’au sommet sans relâche. Je dépasse les 3 grimpeurs qui prennent une pause au tiers de l’ascension. Le soleil est levé mais ne plombe pas encore notre flanc. Les vents s’intensifient et lèvent la neige tombée au sol la veille. J’enfile donc mes solaires Explorer 2.0. pour me protéger les yeux qui en prennent un coup!

Après 1h30 de grimpe, je prends une courte pause. Je mange un sachet de sirop d’érable contenant des électrolytes et je bois de l’eau. J’ajoute un coupe-vent sur mon corps avant de poursuivre. Il fait vraiment froid pour cette période de l’année. C’est assez inhabituel. Les forts vents sont un facteur évident de refroidissement. À ce carrefour, les gars me rattrapent à leur tour et continuent sur un sentier exposé à l’est. Je décide pour ma part d’emprunter un sentier escarpé à l’ouest à travers des rochers et donc, moins dans le vent. Le sommet se situant en plein centre des deux chemins qui y mènent.

Une heure plus tard, après un effort soutenu, je passe le dernier ressaut avec hâte et regain d’énergie pour arriver sur un plat ascendant menant à la pyramide d’acier qui constitue le sommet du mont Toubkal.

J’avance lentement mais surement. Les vents ont redoublé de force et je suis complètement sans défense sur ce plateau. Les rafales gèlent la peau sur mon visage en quelques secondes. Je dois couvrir le visage de mes gants à quelques occasions pour me réchauffer et m’aider à respirer.

Je fini par achever ma marche. Les vents ne s’arrêtent pas eux. Je suis complètement seul. Pas de traces des autres grimpeurs. Je suis le premier à toucher le sommet en ce 19 avril 2019. 4 167m de beautés et de bonheur intérieur. Un grand sentiment de liberté et de satisfaction m’a envahi instantanément. Ce sentiment qui fait que je veux repartir pour une autre montagne aussitôt revenu à la maison.


Solaires Julbo pour ce voyage : Explorer 2.0 + Paddle

Alexis Maroc 3
Sommet du mont Toubkal 4 167m

Alexis Maroc
Désert du Sahara marocain

Alexis Maroc 2
Ait Ben Haddou